Rap, urbain, électro : où sont les femmes ? Vol 1. Marwa Loud

RIFFX a décidé de partir à la rencontre de ces (trop rares) voix féminines qui ont réussi à s’imposer dans le milieu de l’urbain et de l’électro. Vol.1 : Marwa Loud. La forte tête vient de sortir son deuxième album « My Life » à seulement 22 ans.

 

Qu’est-ce que ce nouvel album a de plus ou de moins que le premier ?

J’ai évolué. Il y a plus de textes, plus de mots, plus de prises de risque, des sons différents…

 

Vous aviez envie de montrer une évolution musicale et artistique ? 

Exactement. Mais j’avais aussi besoin de parler de ma vie, c’est un album plus personnel.

 

Les journalistes vous citent souvent en tant qu’artiste féministe de la scène urbaine. Est-ce que le parcours est plus compliqué selon vous quand on est une fille dans ce milieu ? 

Au début, je répondais que non et depuis peu, j’ai revu ma position. La catégorie « pop urbaine » est un univers machiste. Beaucoup d’artistes ne laissent pas la place aux femmes…

 

Les mentalités évoluent plus lentement que dans le reste de la société. Un peu comme dans le milieu du sport…

Oui, complètement.

 

Dans l’urbain aujourd’hui, les filles parlent d’argent, traitent les hommes comme des objets. Est-ce un juste retour des choses ?

La féministe que je suis va te répondre que oui. Nous pourrions même en faire davantage. Mais la partie de moi plus réaliste te dira que nous sommes, malgré tout, toujours minoritaires dans ce milieu…

 

Est-ce que vous avez l’impression de devoir vous battre plus parce que vous êtes une fille ?

Non, j’ai simplement l’impression d’essuyer plus d’échecs. Mais le combat est le même je pense… Les filles sont plus déçues, attristées, touchées car nous devons accepter le fait que parfois, certains artistes masculins refusent de travailler avec nous. Ils ne nous prennent pas au sérieux. Mais en termes de musicalité ou de travail, c’est la même chose. C’est juste le regard des autres qui changent.

 

Quelles sont les artistes féminines qui vous ont inspirée ?

Diam’s. C’est la seule référence que j’ai en rap. J’admire son désintérêt pour la beauté, pour les choses superficielles. Je me retrouve beaucoup en elle. Je ne nourris pas ce culte de l’apparence. Je suis juste moi-même. Je vends de la musique, je ne me vends pas moi.

 

Elle disait des choses que l’on n’avait jamais entendues dans la bouche d’une fille avant…

Moi j’étais un petit garçon manqué depuis ma plus tendre enfance. Je kiffais les chansons de Diam’s, même si parfois je ne comprenais pas tout. C’était un vrai modèle. C’est elle qui a ouvert la porte aux filles dans ce milieu.

 

Et en même temps vous ne manquiez pas de modèles féminins dans votre famille…

Exactement. Je viens d’une famille de divorcées. Nous avons grandi sans homme. Mon frère est parti très vite de la maison. Avec mes cinq sœurs, nous nous sommes toujours débrouillées toutes seules, nous avons géré seules nos hauts et nos bas. Surtout nos bas… Nous sommes soudées. C’est ce qui a forgé ce côté « girl power » chez moi.

 

Est-ce pour cette raison que vous avez choisi de signer sur un label indépendant plutôt que dans une grande major ?

Oui, je n’accepte pas d’appartenir à quelqu’un. J’accepte de travailler avec quelqu’un, mais « appartenir », c’est impossible. Il me fallait un petit label sympathique où je pourrais me sentir à l’aise. J’avais l’impression d’être arnaquée par les contrats que me proposaient les maisons de disques. J’étais sur du 12% alors qu’en label, c’est 50/50. Je suis associée en fait : je suis ma propre productrice.

 

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de filles dans l’urbain selon vous ?

Elles ont peur de se lancer et sont très vite démotivées. Il faut un certain mental et une force de caractère pour pouvoir s’en sortir dans ce milieu-là. Elles ne sont pas aptes à assumer ça. Ce n’est pas un défaut : c’est un trait de caractère, tout simplement.

 

Il faut bien s’entourer ?

Oui, c’est primordial. Moi je suis très terre à terre, hyper « je m’en foutiste ». Très peu de choses m’importent. C’est ce combo-là qui fait qu’aujourd’hui je suis là

 

Et ça va durer…

J’espère. En tout cas, je suis sur un plan de carrière longue durée ! (Rires).

 

Amandine Scherer

 

  • « My Life » (Because). Album disponible

Sur le même sujet

Charger plus d'actualités...

Mokaiesh mis à nu

Praesent risus. ipsum quis ut nunc suscipit ante. mattis ut fringilla pulvinar