Musique classique et techno : un mariage réussi !

Depuis quelques temps, la musique classique connaît un intérêt croissant chez les amateurs de musique électronique.
Mariage réussi de la carpe et du lapin ?

Le prestigieux label allemand de musique classique Deutsche Grammophon a demandé à Max Richter de remixer l’œuvre de Vivaldi « Les Quatre Saisons ». Ce musicien anglais, auteur notamment de la B.O. du film Shutter Island de Martin Scorsese, y incorpore des rythmiques électroniques d’une grande finesse.

Max Richter les 4 saisons

On est plus proche des travaux de Steve Reich que d’Avicii – heureusement pour Vivaldi ! Cet album, loin d’avoir effrayé les puristes, a connu un tel succès outre-Rhin que la maison de disques Universal a décidé de le sortir sur le marché européen, accompagné d’un DVD du concert.

Pour le meilleur et pour le pire

Ce n’est pas la première fois que ces deux mondes se rencontrent. On se souvient avec effroi du massacre de l’Adagio for Strings par Tiesto ou des multiples remixes du Carmina Burana version hardcore, trance ou trip-hop !
On n’oubliera pas non plus les fameux Rondo Veneziano dans les années 1980 et leur mélange de musique baroque et dance… Tout le monde se souvient de leurs déguisements mais moins des chiffres de ventes : 25 millions d’albums vendus dans le monde. Cet ensemble italien a connu un regain d’intérêt lorsque les Daft Punk leur ont rendu hommage avec Veridis Quo sur l’album « Discovery ».
Certaines mauvaises langues mais aux oreilles sûres qualifient alors cette musique de « classique de supermarché » !

Classique 2.0

Les producteurs de musique électronique sont nombreux à s’être essayé à une relecture de leurs œuvres par des orchestres symphoniques (Jeff Mills ou Carl Craig par exemple) mais aujourd’hui ce sont les « vrais » musiciens de formation classique qui viennent s’encanailler sur les boîtes à rythme.
Si le violoncelliste mexicain Murcof a produit de magnifiques albums teintés d’électronica, rares sont les virtuoses à s’essayer aux samplers et ordinateurs. Le premier groupe en France à avoir réussi le mariage improbable du classique et de la house se nomme Nova Nova, signé sur Fcom, le label de Laurent Garnier, dès 1994.

Satie in da house !

Le pianiste français Sylvain Gourlay vient, lui, de sortir un double album de toute beauté. « Piano Sounds » se décline d’abord en version piano solo sur treize pièces qui doivent autant à Debussy qu’à Satie et un second album composé de remixes électroniques.
Mention spéciale pour Readymade FC et Charles Webster pour leurs remixes d’une subtilité incroyable et le duo Charles Schillings & Mr Claude pour leurs versions très deep et sensuelle des titres Mibm et Carona.

piano sound

Pour Sylvain Gourlay c’est une manière de démocratiser le piano, de désacraliser ce monstre noir :
« On peut tout jouer sur un piano, de Coldplay à Rachmaninoff ! Je m’amuse souvent en soirée à reprendre au piano des standards de la pop mais je veux aujourd’hui créer ma propre musique. J’ai toujours été fasciné par la musique électronique qui est un monde à part. Mixer le piano et l’électro me renvoie à cette sensation de jouer avec un orchestre philarmonique derrière soi. Le champ est infini ! »

L’idée de remixer entièrement « Piano Sounds » est née de la volonté d’élargir le spectre et, pourquoi pas, toucher un autre public moins féru de piano. Le résultat est bluffant, de toute beauté et d’une grande variété. Sylvain Gourlay considère cette relecture électronique de ses pièces comme un seul tout !
« Ce sont mes morceaux que je prête à l’interprétation des autres mais je m’y retrouve tout à fait ! Mon but était que deux publics aussi différents que celui de la musique électronique et du classique découvrent d’autres univers ! ». Deux univers qui n’ont pas fini de recroiser puisque Sylvain Gourlay et Charles Schillings ont décidé de poursuivre leurs collaborations. Le DJ devrait se produire en concert dorénavant avec le pianiste et d’autres projets sont en préparation !

Willy Richert

Découvrir :

Summer 1 Recomposed by Max Richter: Vivaldi, The Four Seasons

Sylvain Gourlay

Crédits photos : © Daniele Tedeschi (Sylvain Gourlay), © Yulia Mahr (Max Richter), © Jérome Sevrette (Cover de l’album de Sylvain Gourlay)

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