Le travail d’orfèvre de Lola Baï

Lola Baï avait largement éveillé la curiosité en 2009 à travers son album « Sur la pointe des pieds ». Aujourd’hui, c’est d’un pas très assuré qu’elle fait enfin son retour avec « La lueur », un E.P de six titres (plus une plage instrumentale) qui sent le travail minutieux. Ce format court va ravir nos oreilles mettant la barre haute en allant directement à l’essentiel. Les chansons s’y écoulent dans des décorums multiformes qui passent de la grâce à la gravité, des guitares frontales aux mélodies aériennes. Une artiste fraîche et essentielle.

On imagine que depuis tout ce temps vous avez écrit bien plus que ces sept titres-là. Vous avez choisi les plus récents ou y a-t-il un mélange avec certains titres plus anciens ?
Il y a des chansons qui ont été écrites il y a quatre ans, d’autres plus tard, certaines même pendant l’enregistrement. C’est ça assez déstabilisant pour moi. Encore, là ça va : j’ai l’impression que ça reste cohérent, il n’y en a aucune sur laquelle j’ai eu un doute, où je me suis dit que ce n’était plus ce que je voulais défendre. Mais il y en a quand même beaucoup qui sont passées à la trappe parce que j’ai évidemment évolué entre temps. À l’avenir j’ai envie d’entrer plus vite dans la production pour réduire ce problème. D’ailleurs j’aime tellement le format court que je vais peut-être ne faire que ça. Un album c’est vraiment trop long à faire et je suis une impatiente.

Ce qui marque, c’est la richesse du disque. L’ambiance et l’humeur de chaque chanson sont très différentes, comme si chacune était un petit bout de vous…
Si c’est l’impression que ça donne, je trouve ça très bien, je suis contente. Mais à vrai dire je ne m’en suis pas rendue compte. C’est quelque chose qui m’avait déjà été reproché avant, que je ne fasse jamais la même chose. Mais j’aime bien ça sur les albums, je ne peux pas avoir la même humeur sur chaque chanson et c’est tant mieux. Du coup, même moi je ne me lasse pas. Je sais bien qu’aujourd’hui on a tendance à avoir un souci de l’identité, on essaie d’avoir la même couleur sur toutes les chansons. J’ai bien essayé mais je n’y arrive pas. J’ai l’impression de redire à chaque fois la même chose, de refaire pareil. Et puis je remarque que c’est ce que j’aime dans les albums que j’écoute. Je m’ennuie très vite si il y a une répétition des arrangements, les mêmes guitares, la même voix, la même manière.

Il y a des collaborations avec des auteurs pour la moitié des chansons, entre autres avec Jérôme Attal. Quand on sait écrire aussi bien que vous le faites pourquoi s’adresser à d’autres, aller chercher d’autres mots que les siens ?
Là, ce sont pour les mots, mais j’aurais très bien pu le faire pour la musique aussi, parce que j’aime ça. J’aime partager les cultures et les idées. Pour Jérôme Attal par exemple, on m’en avait juste parlé. Alors je suis allée lire ce qu’il faisait et je suis tombée surtout sur deux chansons que j’aurais vraiment adoré chanter. Ça me parlait très fort. C’est pour ça que je l’ai contacté. Il a écrit La lueur et je trouvais ça parfait. J’aurais voulu qu’il m’en écrive une autre d’ailleurs, je lui avais envoyé la musique de Run away. Mais il m’a dit qu’il sentait que c’était un texte qui devrait plutôt s’écrire en anglais. Alors j’ai dû m’y coller et j’avoue avoir eu beaucoup de mal. Jusqu’à ce que le réalisateur me dise : « Pourquoi tu te prends la tête, écris tout simplement à ta fille ». Et là, tout s’est débloqué et j’ai soudainement écrit le titre en une heure, et en français. Juste grâce à cette petite direction qui était la bonne.

Le nom le plus notable est celui d’Alexis HK, qui a écrit le texte que vous chantez avec lui, Autant de raisons
Oui, et c’est repérable qu’il s’agit de lui tellement c’est son écriture. C’est ce que j’aime : il n’a pas du tout adapté ses mots à ce que je chante. Il a écrit comme il le fait d’habitude en utilisant des mots improbables pour moi, j’adore ça ! Et c’est bien pour tout cela que je suis allée le chercher. Ce n’était pas prévu en duo au départ mais ce sont tellement ses mots justement que j’entendais sa voix quand je chantais. Du coup je l’ai appelé en lui disant « Bon je crois qu’il faut que tu chantes la chanson avec moi maintenant ». Il m’a dit ok, il est venu et on a fait ça en une matinée. C’était très simple et très chouette.

Il y a une plage instrumentale de 50 secondes au milieu du disque. On croise souvent ces interludes sur les albums, moins sur les E.P. Il s’agissait d’un morceau avorté ?
Pas du tout. Il a été écrit comme ça. J’en fais beaucoup, j’aime le format très court. On n’a pas toujours besoin d’étaler les choses. Parfois je me force à rallonger et parfois je n’ai pas envie. Et cette courte pièce, Home, a vraiment été placée là pour être entendue à la suite de la chanson La nuit je flanche. J’aurais d’ailleurs dû la mettre sur la même plage directement, parce que les gens n’écoutent plus les albums dans l’ordre, ils mettent souvent leur lecture en aléatoire. C’est un vrai problème. On prend du temps à faire un ordre, à penser les choses de manière cohérente et, au bout du compte, peu de gens l’entendent. C’est comme le dernier titre Allons, laissons qui est chanté mais très court aussi. Je l’ai pensé comme une conclusion.

Propos recueillis par Marjorie Risacher

Découvrir :

Lola Baï – Run away

Crédit Photo : © Frank Loriou

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