Christophe Vix et la technoparade

Figure emblématique de l’association Technopole, Christophe Vix est un militant techno de la première heure. Il revient sur la 14e édition de la plus grande manifestation musicale gratuite française qui réunit plus de 400 000 personnes chaque année dans les rues de Paris.

Comment l’image de la musique électronique a-t-elle évoluée depuis les premières Techno Parades ?

La techno fait partie du patrimoine. On a été les rockers de notre génération, on est en passe de devenir les jazzeux d’aujourd’hui. Il y a deux sortes de musiques électro, la mainstream qui conquiert le monde entier (David Guetta, Bob Sinclar…) et une scène plus riche, plus pointue donc plus underground.

Quelle est la nouveauté de cette année ?

On se recentre sur notre cœur de cible avec comme parrain Agoria, la référence techno française, dans la plus pure tradition de Detroit. Mais dans la parade il y en aura pour tous les goûts sur les chars : house, hardcore, trance… L’autre aspect est le coup de projecteur sur la scène marocaine avec le collectif Morocco loco, dans un style house new-yorkais très percussif ainsi que des DJs tunisiens. Il y a une vraie corrélation entre le printemps arabe et l’explosion de la techno dans le Maghreb.


Techno Parade 2012 #TEASERpar technopol

Quelles sont les valeurs de la techno à l’heure de sa récupération commerciale ?

C’est une récupération inévitable ! On s’est battu pour. Je dirais que les valeurs sont une certaine vision de la musique, du partage et de l’échange. La scène est tellement disparate qu’il est difficile de la réduire à quelques valeurs. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui le public est tellement éduqué qu’il y a de moins en moins de chapelles donc de moins en moins de sectarisme. Le thème cette année est le renouveau. D’ailleurs elle a pour nom Renew’all ! On est aujourd’hui à un tournant. Cette musique a plus de 20 ans elle doit donc se régénérer. Comment ? C’est la toute la question…

On résume souvent la Techno parade à un simple défilé…

Oui alors qu’on propose de nombreuses activités au public : des débats autour de l’économie de la musique électronique et du statut du DJ qui n’existe toujours pas – on aimerait que les DJs se syndicalisent. En 2012 ils ne sont toujours pas dans la liste des métiers artistiques… alors que dans cette liste on y trouve des électriciens, des techniciens ou des cuisiniers.

On reproche souvent lors de la Parade la présence de nombreuses marques…

La techno parade coûte 200 000 euros. Sans marques, pas de défilé. Nous n’avons pas assez de subventions. Il y a 140 agents de sécurité, des techniciens… Sinon on peut retourner faire un teknival dans un champ, mais ce n’est pas vraiment l’idée.

De nombreuses soirées sont proposées aussi, dont une à la grande halle de la Villette.

Nous organisons la plus grande soirée dubstep jamais organisée en France avec Dirtyphonics, Zeds Dead, MT Eden, DJ Pone, DJ Gero et AK-47 entre autres. L’idée, c’est de transformer la techno parade en un festival à long terme.

Vous vous êtes récemment rendu à l’Elysée. De quoi avez-vous parlé ?

Des états généraux de la nuit, du statut de DJ et surtout que l’administration française change sa vision sur le monde de la nuit, véritable secteur économique très sous estimé.

Propos recueillis par Willy Richert

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