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Les femmes du Chantier des Francos #5 : Cléa Vincent

A travers une série d’interviews, RIFFX met à l’honneur 12 femmes artistes qui sont passées par le Chantier des Francos entre 1998 et 2020. Ce dispositif unique, destiné à des artistes émergents de la chanson francophone, a pour but de perfectionner leur art de la scène. Après Aloïse Sauvage et Clara Ysé, RIFFX continue cette série de portraits en compagnie de Cléa Vincent : auteure, compositrice et interprète derrière son clavier, elle incarne une certaine idée de la pop star à la française. Et Cléa Vincent est plus encore ! Rencontre.

Bonjour Cléa, tu as participé au Chantier des Francos à deux reprises : en 2011 et en 2015. Un parcours atypique dans l’histoire du dispositif !

J’ai fait un premier Chantier à mes tous débuts dans la musique, à l’époque j’étais en duo. C’était la version du Chantier pour les débutants. Lorsque je suis revenue en 2015, le dispositif s’appelait Chantier 2.0, à destination d’artistes plus confirmés, plus avancés dans leur carrière. C’était aussi un accompagnement un peu plus spécifique, plus à la carte, par rapport à nos besoins. C’était rigolo de revenir à deux âges différents et vachement intéressant. J’ai un vrai attachement aux Francos et à La Rochelle, une ville que je trouve absolument merveilleuse.

On peut dire que ce passage au Chantier des Francos t’a donné un coup d’accélérateur ? Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

A chaque fois ça permet de consolider l’équipe, ça permet aussi de jouer à La Rochelle, ce qui n’est pas rien. Jouer à La Rochelle ça représente plein de choses : d’abord c’est de super concerts dans de super conditions, il y a aussi la possibilité de faire plein de rencontres avec des artistes qu’on croise en backstage. On est vus par un grand nombre de publics selon les scènes sur lesquelles on joue. Ce n’est pas une date comme une autre, c’est plein de portes qui s’ouvrent. J’ai ce besoin d’être en contact avec d’autres artistes pour sentir des vibrations, ça me fait écrire de les voir en live et de discuter avec eux. En ce moment, on n’a plus vraiment ces contacts qui sont indispensables selon moi pour composer. Je nous vois un peu comme un essaim d’abeilles : les artistes, on pollinise des fleurs chacun de notre côté mais on contribue tous à un tissu comme dans une ruche… Un tissu musical, de paroles et de nouveautés. Si on nous enlève la ruche, chacun seulement sur notre fleur, on survit mais je trouve qu’on avance beaucoup moins.

« Rue sur les murs » lors du 2ème Chantier des Francos de Cléa Vincent © Bleu Moustache

Deux albums à ton actif, plusieurs EP, une WebTV autour de la pop music… Quel regard as-tu sur tous ces projets menés depuis le début de ta carrière ?

C’est une histoire de vases communicants. D’abord, j’ai la chance d’être dans un label indépendant qui me permet de respecter mon tempo. Quand j’ai une collection de chansons qui est mûre, j’ai la possibilité de les sortir un peu comme je veux, et je trouve ça précieux. Derrière, ça laisse place à des nouvelles chansons et ça permet d’avoir un cercle vertueux d’écriture. J’ai besoin de me libérer des chansons du moment pour faire les suivantes. Avec mon label Midnight Special Records, je ne suis pas dans l’attente. D’autre part, avec ma WebTV Sooo Pop, c’est aussi très stimulant parce qu’on invite des artistes. Qui dit inviter des artistes, dit écouter toute leur discographie, réfléchir à ce qu’on va leur demander. On les voit vibrer, on les voit trembler, on les voit jaillir… C’est très beau et très émouvant. Cela permet aussi d’être toujours dans cette dynamique d’observation, d’imprégnation et de création.

Tu as dévoilé l’ep Tropi-Cléa 2 cette année, trois ans après la première partie.

Comme son nom l’indique, Tropi-Cléa 2 fait suite à Tropi-Cléa 1. Les morceaux sont un petit peu plus reggae que le premier, les textes sont un peu moins oniriques, mais il y a toujours cette vibe tropicale avec les percussions brésiliennes. L’unité entre les deux, ce sont les arrangements et les musiciens qui jouent dessus. Les deux disques sont arrangés à peu près avec la même méthode, en revanche le propos du deuxième est peut-être un peu plus affirmé. J’ai grandi entre temps, peut-être qu’aujourd’hui j’ai moins peur d’affirmer mes opinions., Le fait qu’il soit plus reggae, je ne sais pas, j’ai beaucoup écouté la version de La Marseillaise par Gainsbourg. Peut-être parce que le reggae revient un peu, c’est des modes. Que je le veuille ou non, je suis assez sensible aux tendances, je suis un peu dans l’ère du temps.

Revenons au Chantier des Francos : tu es toujours en contact avec les équipes ?

Tout à fait, à fond. Ils m’ont rappelée plusieurs fois pour des projets un peu en marge des Francos : je me souviens avoir joué avec Séverin chez l’habitant à La Rochelle, c’était hyper sympa. J’ai fait des ateliers d’écriture aussi, c’est chouette car ils continuent de me donner du travail et donc ils continuent de soutenir ma carrière, franchement j’y suis très sensible.

Cette année, parmi la sélection du Chantier des Francos, il y a autant de femmes que d’hommes. Cette parité, ça fait plaisir ! Selon ta propre expérience, penses-tu qu’il est plus difficile de se faire une place en tant que femme dans l’industrie ?

Je dirais que c’est un peu à double tranchant, c’est une question délicate. J’ai l’impression que les femmes manquent souvent de confiance en elles. Elles vont moins oser s’affirmer en tant que musiciennes. Je me souviens quand j’étais au conservatoire depuis une dizaine d’années, j’avais rencontré un mec, au clavier aussi, qui m’avait dit : « Mais attends tu joues super bien ! ». Il a fallu qu’il me dise ça pour que je prenne plus confiance en moi. En tant que femmes, on ne nous a pas forcément dit ou montré qu’on pouvait y arriver… Je ne sais pas comment dire. Il en découle des complexes et parfois une difficulté à prendre les devants. Heureusement, c’est en train de changer. On a d’énormes qualités créatives et on a une vision différente de celle des hommes. On a des choses à dire et ça se complète avec le discours des hommes. J’ai de la chance d’avoir toujours été bien entourée par des hommes et des femmes. En tant que femmes, je pense que c’est à nous de prendre une place.

Quels conseils donnerais-tu aux 18 talents de la sélection 2020 du Chantier, qui sont sur le point de démarrer leur carrière ?

Je dirais deux choses. La première, ce serait de garder toujours le plaisir en ligne de mire, parce que dès lors qu’on prend du plaisir, le public le sent. Il faut faire des choses qu’on aime et qu’on assume, et donc quelque part de ne pas forcément appliquer des conseils qu’on n’a pas envie d’appliquer, mais être dans le plaisir et le partage. Ensuite, j’ai l’impression que la prise de risques est importante. Quand il y a une prise de risques, les gens le sentent et ça les fait vibrer : quand il se passe un truc qui n’était pas prévu, une improvisation, des moments comme ça de liberté, les gens ont l’impression de vivre un concert unique.

C’est quoi la suite pour Cléa Vincent ?

Comme j’ai horreur d’attendre des décisions, je me suis bougée pour organiser une tournée en solo à travers la France : je fais dix dates en septembre chez l’habitant. Avec une jauge limitée à 20 personnes, pour ne mettre personne en danger, masquées bien sûr. Je dors chez l’habitant, je joue dans les salons ou dans les jardins, comme ça j’entretiens le lien avec le public qui est fondamental et qui se perd très vite. J’ai d’autres dates prévues à l’automne, mais je ne suis pas certaines encore qu’elles soient maintenues… Si elles ne le sont pas, je vais continuer à booker des dates chez des particuliers. Ensuite, j’ai la moitié de mon troisième album qui est finie, je vais essayer de le terminer même si en ce moment je n’ai pas trop l’inspiration. Idéalement, j’aimerais qu’il sorte à l’automne 2021. Ce sera que des nouveaux morceaux, dans un style très différent de Tropi-Cléa mais plus dans la continuité de Nuits sans sommeil.

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