« Turn Blue » des Black Keys. L’album du changement ?

The Black Keys ouvrent des portes nouvelles derrière lesquelles le blues devient pop et où les grincements de gonds se mêlent aux grincements de dents. Turn Blue, le huitième album du duo multi-platiné fait parler et est loin de déclencher l’unanimité. Soigné et brodé alors que la planète rock espérait de la crasse et du cambouis, il accuse d’injustes procès. Et pourtant, ça tourne.

Dan Auerbach et Patrick Carney auront attendu cinq albums avant de connaître le succès. Mais celui-ci est aujourd’hui planétaire, immense, indiscutable. Au sommet de cette ascension trône le El Camino, sorti en 2011, avec son tube suprême Lonely Boy en guise de cerise sur le gâteau. Et pourtant à ce moment déjà le blues garage de leur début était chamboulé et se poussait vers un rock’n roll aux odeurs de friture et de vintage. Mais les fans ne semblaient pas s’en offusquer plus que cela. Ceux de la première heure sont d’ailleurs bien moins nombreux que revendiqués. Le monde a pris le train des Black Keys en marche et le purisme en la matière peut fait rire le duo. Et pourtant depuis que Turn Blue a pointé son nez, les cris ne cessent pas : « C’était mieux avant ». Avant, quand personne n’écoutait donc.

Où est le garage rock ?

Le titre de ce nouvel album pose l’ambiance : virer à ce bleu dont on se teinte lorsque l’on étouffe ou quand on est en état de choc. Il y a donc là dedans de la nostalgie, de la tristesse et de la lenteur. Une résurgence du divorce de Dan Auerbach qui battait son plein au moment de la création. Tout y est soigné, minutieux, les structures des morceaux sont très pensées et le calcul retire au naturel ce qu’il gagne en classe. Un choix artistique.

Il y a en outre un parti pris qui perdure en la personne de Brian Burton alias Danger Mouse à la production. Depuis 2008, le duo devient trio en studio tant leur complicité est grande. Mais si le talent de ce prolifique partenaire n’est plus à prouver (Gorillaz, The Good The Bad and The Queen, Gnarls Barkley, Norah Jones…) sa patte se fait de plus en plus sentir sur les nuques de Dan et Patrick. Qu’ils le veuillent ou non, l’influence de Mouse pèse lourd et le blues-rock se transforme en pop la plupart du temps.

Turn Blue, l’album du renouveau ?

Les détracteurs de Turn Blue se reposent sur tous ces points pour grogner à l’échec, ainsi que sur une seconde partie d’album plus faible. Alors, s’il est vrai qu’une ou deux pistes moins réussies se regardent les pieds (comme ce soupirant 10 Lovers totalement dispensable), le disque est un kaléidoscope multicolore plutôt réjouissant. Il y a le long et très Pink Floydien Weight of Love du début, délicieuse entrée en matière qui donne faim aux oreilles et dont le rock instrumental et progressif hypnotise même les plus frileux aux Black Keys. Il y a le délicat et groovy In Time qui le suit, l’efficacité du single à la fois sombre et entraînant de Fever, l’intelligence réussie de Year In Review, le psychadélique rock-pop de Bullet In The Brain, le non moins 70’s de In Our Prime qui aurait mérité une longueur plus intense et une fin non shuntée… autant de facettes différentes qui peuvent dérouter pris dans l’ensemble mais restent des papillotes à savourer séparément. Le son et les ambiances tantôt old school ou modernes nous trimbalent d’humeur en couleur sans s’embarrasser de ce que nous aurions pu en attendre. Seul le titre final Gotta Get Away renoue avec une version précédente du duo, fait balancer les hanches et reprend un chemin déjà foulé. À se demander si la liberté de la parenthèse prise n’est pas complètement consciente et que Dan et Patrick ne nous font pas un clin d’œil du fond de Nashville pour nous dire : « Voilà, ça c’est fait, maintenant on peut reprendre la route. »

Et à parier aussi que dans quelques années, les initiés et les fans diront de Turn Blue qu’il a été un album important.

Marjorie Risacher

Découvrir :

The Black Keys – Fever

Crédit Photo : © Danny Clinch

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