The Beach boys : l’été est de retour

Cette année marque les cinquante ans de carrière de trois des plus grands groupes de pop et de rock du monde. Des bougies que soufflent les Rolling Stones, les Beatles et les Beach Boys chacun de leurs côtés, discrètement pour les deux premiers, de manière bien plus étonnante pour le troisième. En effet, les papys de la « surf music » viennent de sortir un nouvel album réunissant les membres fondateurs du groupe. Un miracle quand on connait l’histoire.

Les célébrations sont souvent l’occasion de « come-back ». The Pogues en est d’ailleurs un autre exemple de 2012. En effet les folk-rockeurs anglais ont annoncé pour septembre un concert de reformation exceptionnelle pour fêter leurs trente ans. Un événement qui devrait donner naissance à un album live, seize ans après l’arrêt du groupe (même si entre-temps ils nous avaient gratifiés de plusieurs compilations). Mais là où les Beach Boys se distinguent dans leur retour inattendu, c’est que le « That’s Why God Made The Radio » est un nouvel album studio, offrant 12 titres originaux et annonçant une tournée mondiale. Après deux décennies de hauts et de bas, d’actions judiciaires les uns contre les autres, les fondateurs survivants sont bel et bien rentrés en studio ensemble.

Une histoire mouvementée

Tout a commencé en Californie en 1961. Les trois frères Wilson : Brian, Carl et Dennis (Brian étant le seul vivant aujourd’hui) s’associent à leur cousin Mike Love et un ami, Al Jardine, pour fonder The Beach Boys. Le succès est immédiat. Dès leur premier titre Surfin’, ils grimpent au sommet des ventes et signent un album dans une maison de disque l’année suivante. De 1963 à 1965, ils vont sortir pas moins de trois albums par an, une cadence effrénée qui témoignent de leur popularité qui ne rencontrera qu’un seul concurrent : Les Beatles. Leur signature est un quintet d’harmonies vocales et de paroles légères avec pour centre de préoccupations le surf, la plage, les filles, les voitures, la jeunesse insouciante… Ces sujets vont, malgré tout, se transformer en 1966 avec « Pet Sounds », un disque où la frivolité est moins en première place et où la musique s’élabore de manière complexe pour l’époque et ses moyens techniques. Paul Mc Cartney lui même le qualifie de « meilleur album de tous les temps » et l’Europe s’embrase en saluant la performance. Aux États-Unis en revanche les fans sont très déconcertés, préférant largement la légèreté d’avant.

Les premières dissensions entre les membres du groupe apparaissent à cette période. Brian Wilson, considéré comme l’âme et le génie du groupe, veut aboutir au disque pop parfait où se trouverait une mini-symphonie de poche. Principal compositeur, il est également le producteur des Beach Boys mais se retire dès 1968, souffrant de gros problèmes de drogues et surtout de maladie mentale (le groupe continuera sans lui puisque dès 1965 il s’était fait remplacer sur scène par Bruce Johnston). Malgré quelques regains d’intérêt vers le milieu des années 1970 et 80, avec le départ de leur leader, la formation n’intéresse plus son public. Et les membres du groupe vont se succéder ; remplaçant Dennis qui meurt accidentellement en 1983, Carl d’un cancer en 1998, et Al Jardine quittant le groupe à la même période. Enfin de très nombreuses années de batailles juridiques concernant les droits des chansons vont les opposer les uns aux autres, rendant les relations des membres difficiles et peu fréquentes.

Retour aux sources

C’est pour toutes ces raisons que l’album « That’s Why God Made The Radio » tient du miracle. Parce que même si The Beach Boys n’a jamais été officiellement dissous, il n’en restait qu’une activité réduite voire inexistante, très éloignée des débuts, avec comme seul membre originel encore présent Mike Love. Exception faite en 1988 avec la B.O. du film Cocktail avec Tom Cruise, le dernier réel succès du groupe date de 1966. C’est donc sur les seules années 1961-1966 que s’est construit le mythe. Et il paraissait bien improbable de réunir les survivants pour monter dans une machine à remonter le temps. C’est pourtant bel et bien ce que cet album a fait. Brian Wilson, à la santé mentale encore fragile, Mike Love, Al Jardine, ainsi que Bruce Johnston (présent depuis 1965) et David Marks (présent pendant les années de gloire en remplaçant de Al Jardine puis épisodiquement dans les années suivantes) se sont retrouvés pour enregistrer un nouvel album en studio. Difficile de savoir s’il s’agit là de leur propre initiative ou si la maison de disque a réussi ce tour de force à coups de patience et de temps.

Et la machine à remonter le temps fonctionne. Les harmonies vocales sont à nouveau présentes, Brian Wilson a repris son rôle de compositeur et producteur (même si la plupart des chansons semblent avoir été composées par lui il y a une dizaine d’années) et les désormais papys nous replongent dans les années 1960 sans prendre une ride ou presque. Le titre d’introduction, sans paroles, est somptueux, et malgré des faiblesses ça et là avec quelques plages peu intéressantes, la nostalgie fait superbement effet. Sans parler de l’émotion à son comble quand à la clôture de l’album, on entend leurs dernières paroles : « Summer’s gone / Gone Like Yesterday / The Nights grow cold / It’s time to go » (L’été est parti / Parti comme hier / Les nuits deviennent froides / Il est temps de partir)

La boucle est bouclée.

Un au revoir ? L’ultime album ? Une conclusion à une incroyable histoire ?

Seules les cinquante prochaines années nous le diront.

Marjorie Risacher

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