Para One : « le looser était le héros des années 1990 ! »

Après Bobmo et Mr Flash, l’album Club de Para One est la troisième bonne nouvelle de ces dernières semaines. La scène électronique française se porte bien, merci pour elle ! Jean-Baptiste de Laubier est, depuis quinze ans, un électron libre du PEF (Paysage Electro Français). Producteur de TTC, Birdy Nam Nam ou Micky Green, fondateur du label Institube et aujourd’hui Marble, il est aussi compositeur de BO (Naissance des pieuvres de Céline Sciamma). Club est son troisième album même si le terme est à discuter. Le Parisien a en effet retravaillé son précédent LP, Passion pour lui redonner une vie plus « club ». Ça tape et ça bastonne, certes, même si l’on est loin de la noirceur d’un Gesaffelstein. L’album idéal du revival 90’s. Rencontre.

Peut on parler d’un nouvel album de Para One ou d’une relecture du précédent ?

J’aime bien le terme relecture mais c’est véritablement un nouvel album. Les versions sont tellement différentes de Passion que cela n’a plus rien à voir. Je n’ai gardé que les vocaux et la trame générale. J’ai failli l’appeler Passion 2 mais plus j’avançais dans la production et plus je racontais une nouvelle histoire. Ce ne pouvait donc être la suite de Passion mais bel et bien Club, mon nouvel album. Le seul point commun avec le précédent réside dans l’éclectisme des styles abordés.

Cet éclectisme pouvait désemparer à l’époque de TTC. Aujourd’hui il est complétement intégré par le public.

Il faut croire que TTC était avant-gardiste. Nous nous sommes toujours battus contre ces petites chapelles : le hip-hop d’un côté et la techno de l’autre. Ma collaboration avec TTC (Le début des années 2000) me nourrit encore aujourd’hui. C’est grâce au groupe, par exemple, que j’ai compris l’importance d’avoir une vision internationale du business et de ne pas se limiter à la France. De même mon envie de refuser le formatage, d’éviter la répétition voire de se contredire vient de cette aventure avec TTC.

Le succès de ton premier clip You Too est impressionnant !

C’est énorme ! Le clip a été vu par 250 000 personnes en seulement deux jours et nous en sommes à plus 700 000 vues aujourd’hui ! Je pense que l’évocation des années 1990 dans la vidéo a beaucoup joué : les pas de danse, les fringues etc. Les gens ont fait tourner le clip, cela a fait boule de neige. J’en suis ravi bien sûr !

Les années 1990 sont très présentes dans cet album. C’est une tendance en ce moment.

C’est tout à fait logique. Après le revival 1970 et 1980, il fallait bien que les années 1990 soient à l’honneur. Cela dit cela fait un moment que certains producteurs s’en inspirent. Ce n’est pas nouveau ! L’intérêt n’est pas de singer ces années-là ou de tomber dans la nostalgie mais bel et bien d’y ajouter des éléments de 2014. Si ce revival est si présent, c’est aussi grâce à un nouveau public d’une vingtaine d’années qui découvrent le clubbing et fantasment sur ces années-là. Quand tu écoutes Club Cheval c’est exactement cela : utiliser les codes des 90’s et les envoyer vers le futur. Nous avons une scène française ultra créative en ce moment, les prochaines années s’annoncent radieuses !

Allez vous défendre cet album en live ?

Non. Je fais du live depuis dix ans et j’en ai fait le tour. Je trouve plus intéressant de se produire en tant que DJ, c’est plus humble…

Vous trouvez vraiment que les DJ’s sont porteurs d’humilité aujourd’hui ?

Non bien sûr. Il y a une starification assez effrayante ! Mais je ne vois pas pourquoi un live serait mieux qu’un DJ set. C’est beaucoup plus difficile de transporter le public avec la musique des autres que de se produire avec un live où on n’a plus qu’à appuyer sur le bouton « play » et tout est déjà préenregistré. On appelle cela un live mais ça n’en est pas. Les très bons DJs sont rares ! Je déteste quand le public se prosterne devant tous ces pseudos DJs. Quand je joue en club, je demande toujours au responsable des lumières d’en mettre le moins possible sur moi. Il faut se concentrer sur la musique pas sur le mec derrière les platines !

Quelle est l’influence du travail de compositeur de cinéma dans votre travail d’artiste électro ?

C’est énorme. Si je n’avais pas écrit de BO, Club n’aurait pas été si énergique et j’aurais ajouté des titres plus atmosphériques. Chaque projet a sa propre identité et c’est très bien comme ça !

Pour finir, pouvez vous nous conseiller trois titres qui résumeraient les années 1990 ?

Évidemment un titre de 2unlimited, n’importe lequel. Un autre de Soundgarden, car il ne faut pas oublier l’importance de l’indie rock. Mais pour moi, celui qui incarne totalement ces années-là, c’est Beck. L’américain mélangeait du rap, du rock et la culture skate. Son titre, Loser est l’hymne des années 1990 qui étaient vraiment les années « beautiful loose ». Aujourd’hui on vit plutôt l’époque du total cynisme mais ça va passer, j’espère…

Propos recueillis par Willy Richert

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Para One – You Too

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