Pain-Noir – Le grand passage

La chanson française a un nouveau héraut : Pain-Noir. Nourri d’influences anglo-saxonnes mais converti aux beautés de sa langue maternelle, François-Régis Croisier publie cet automne une nouvelle version de son premier album, dans un écrin magnifique qui redonne ses lettres de noblesse à l’objet CD.

Comment est né Pain-Noir ?
À la fin de mon précédent projet, St Augustine, j’ai eu envie de passer à autre chose, de me réinventer avec un changement assez radical : chanter en français. Pour moi, c’est un peu une renaissance. Et une vraie révélation. Chanter en Français a aussi naturellement apporté des changements musicaux ainsi que dans ma manière de chanter. Quand je réécoute les albums de St Augustine, il y a des choses qui ne me satisfont pas du tout et que j’avais envie d’améliorer. Pain-Noir, c’est la suite logique, un peu affinée.

D’où vient ce nom ?
J’avais l’idée d’un nom en deux parties, symétrique. Je tournais tellement autour de cette idée qu’une nuit, j’ai rêvé de deux mains, tatouées des mots Pain Noir, un peu comme dans le film La Nuit du Chasseur. C’est une véritable histoire.

Qu’est-ce que ça a changé de passer à la langue française ?
Autant j’ai eu très peur au moment de chanter mes premières chansons en français devant des gens, autant je me suis rendu compte qu’en termes d’écriture, ça simplifiait tout. Il n’y a plus cet effort de trouver le mot juste dans une langue qui n’est pas la mienne. J’arrive à dire beaucoup plus sans pour autant m’exposer de manière frontale, ce que je ne voulais surtout pas. Et je ne m’y attendais pas du tout. L’anglais, c’était un moyen de me cacher pour chanter des choses personnelles. Je n’avais pas réalisé que je pouvais aussi chanter des choses pudiques, cachées, sous-entendues, en français.

Vos chansons ont souvent un lien très fort avec la géographie, la topographie, les éléments, les animaux…
J’aime ça. C’est proche de l’environnement dans lequel je vis et où je me promène, autour de Clermont-Ferrand. C’est aussi proche de ce que je peux lire : Cormac McCarthy, René Char, Eluard ou Desnos. Tout ça ressort inconsciemment dans mes chansons.

Le projet et l’album Pain-Noir ont déjà connu plusieurs vies. Pouvez-vous nous raconter ce parcours ?
Je suis assez lent pour concrétiser les projets et pour évoluer. J’ai fait mon premier disque relativement tard, à 28 ans, et chacun des suivants a été une évolution forte. Je me suis vu grandir avec mes disques. L’évolution de Pain-Noir, c’est la même chose : d’abord trois morceaux lancés sur Internet sans visée particulière, puis un projet de EP qui s’est transformé en album en 2014, avec le label Microcultures, à une petite échelle. Puis, c’est un peu comme une boule de neige, qui a encore grossi avec le label Tomboy Lab, en ajoutant de nouvelles chansons sur l’album, en le remasterisant et en élaborant un nouvel artwork, qui correspond vraiment à ce que je voulais au départ. Tout se passe à mon rythme, sereinement, logiquement.

L’album est accompagné par des photographies. Quel est leur lien avec vous et votre musique ?
Ce sont des photos qui proviennent de grandes boîtes que j’ai récupérées à la mort de mes grands-parents. Je ne les avais jamais vues, pour la plupart. J’ai donc passé de nombreuses heures à fouiller dedans. D’un point de vue esthétique, elles sont souvent magnifiques, notamment toutes celles qu’on devait considérer comme ratées, que je trouve très émouvantes. Je me suis rendu compte que les photos collaient bien aux morceaux, d’autant qu’ils sont souvent inspirés de choses personnelles. Il y a même un titre, Sterne, qui est directement inspiré par les souvenirs que m’ont évoqués une photo. Je suis très heureux d’avoir réussi à mettre ça en forme dans l’édition CD de l’album. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir sortir, en 2015, un disque accompagné de 12 photos.

Par Vincent Théval

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