Noir Désir : Tostaky-L’édition 20 ans

Voilà déjà 20 ans que Tostaky est sorti, un album considéré encore aujourd’hui comme l’un des meilleurs dans la catégorie rock. Cet anniversaire donne lieu à la naissance d’une réédition agrémentée d’inédits, un volume de 33 titres d’originaux, de live, de faces B et de reprises datant de l’époque. Et une façon détournée de faire revivre le groupe définitivement dissolu il y a deux ans.

En 1992 Noir Désir sortait soudainement d’une année sabbatique nécessaire. Bertrand Cantat avait eu une syncope qui avait interrompu la tournée précédente, les tensions entre les membres du groupe révélaient une fatigue de sept ans d’existence et de milliers de kilomètres de concerts. Chacun était alors parti de son côté, se ressourcer, retrouver l’envie et nul ne savait ce qui allait advenir par la suite…

De Todo està aqui…
Pour cette retraite Cantat était allé se réfugier au Guatemala, à Cuba et surtout au Mexique d’où il rapporte un slogan des révolutionnaires de Zapata : Todo està aqui qui par contraction du langage des rues est devenu « Tostaky ». Enthousiaste, remonté à bloc, il demande aux trois autres, Serge Teyssot-Gay, Denis Barthes et Frédéric Vidalenc (qui ne sera remplacé à la basse que plus tard par Jean-Paul Roy) de se retrouver à nouveau autour de cette ébauche. Ils s’enferment dans un manoir du xvie siècle niché dans la campagne du Berkshire en Angleterre, un studio de luxe déniché au dernier moment totalement par hasard. Et c’est dans ce décor majestueux, entourés des souvenirs de David Gilmour, l’ancien propriétaire, voyant défiler des dizaines de musiciens allant et venant du Reading Festival non loin de là, et sous la houlette du prestigieux producteur Ted Niceley qu’ils vont communier pour la première fois depuis longtemps.
En naîtra un album mythique, plein d’explosions et de rage. D’ailleurs peu de radios voudront le diffuser à l’époque, le jugeant trop électrique et hurlant. Mais ce mélange de noise, de grunge, de métal et de titres plus calmes (Oublié, Marlène, Lolita nie en bloc…) deviendra bel et bien le disque incontournable du rock en France qui vingt ans après fait encore office de référence et d’exemple.

… À Tostaki
Vingt bougies se sont soufflées cette année donc. Et pour fêter l’événement une réédition de Tostaky est arrivée dans les bacs en ce mois de décembre. Mais il ne s’agit pas uniquement de retrouver les douze titres à l’origine sur l’album. Ni même de piocher dans le Dies Irae, disque live sorti en 1994 et témoin de la tournée qui a suivi. L’objet ici a trouvé son contenu dans l’année même ou au tout début de la suivante, et aurait pu s’appeler « Noir Désir printemps 1992 – février 1993 ».
Il y a les faces B ou les morceaux présents sur les maxis de cette période, comme Lullaby ou Dirty. Il y a certaines pré-productions, huit titres d’un concert à Vandœuvre-lès-Nancy, trois autres tirés d’une émission de radio. Et dans tout cela les deux reprises qu’ils affectionnaient à reprendre : Long Time Man de Nick Cave et leur version si incroyablement destroy du I Want You (She’s so heavy) des Beatles.
Un joli paquet à espérer au pied du sapin donc, sous réserve que l’on soit un aficionados ou un collectionneur. Parce que les diverses versions des mêmes chansons (pas moins de quatre fois pour le titre générique Tostaky par exemple) risquent d’ennuyer fortement les non-initiés. Mais que ce double album anniversaire fasse rêver ou non, il n’en reste pas moins que l’on tient là ce qui a été l’une des pierres fondatrices du rock dans notre pays.

Marjorie Risacher

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