Mokaiesh mis à nu

Mokaiesh valse son étiquette de chanteur engagé avec un second album solo « L’Amour qui s’invente », où l’introspection, le voyage, le doute et le sentiment se taillent une part de roi. Le verbe toujours haut, le mot éternellement juste, la voix encore vibrante, l’artiste ne se renie donc pas, il change juste ses thèmes. Cyril Mokaiesh est très loin des postures et parle de son travail avec une simplicité désarmante, un naturel et une honnêteté franche.

Votre travail a t-il vraiment beaucoup changé par rapport à la période du groupe (qui portait d’ailleurs déjà votre nom) ?

À l’époque on composait quand même des parties ensemble même si je faisais les textes et la plupart des mélodies. Et on arrangeait ensemble. C’est vrai qu’aujourd’hui ce n’est plus que moi. À part un titre co-composé avec un ami, Le Cèdre du Liban. C’est un vieux morceau en fait qui date d’avant l’existence du groupe, c’est sûrement le premier titre que j’ai écrit dans ma vie. J’avais une mélodie et un texte et comme je n’étais pas musicien, j’étais allé voir ce pote qui m’a fait un morceau de piano dessus. Il n’est jamais sorti nulle part et étonnamment j’ai trouvé qu’il avait sa place sur ce disque qui parlait plutôt de voyages et d’histoires personnelles. Je l’ai donc essayé différemment, guitare-voix, dans une église en Hollande où on enregistrait.

D’entrée vous vouliez changer les choses par rapport au premier ?

Je voulais faire un disque plus épuré, avec moins d’orchestre que le précédent – qui était très arrangé. J’avais eu ma petite caution chanson française avec son lot de références et j’avais envie d’autre chose. Revenir plus électrique et moderne. On a fonctionné vraiment en jouant ensemble, en répétant, en enregistrant en live. Il y a un côté plus organique et plus tendu, urgent.

Votre fougue s’est déplacée cette fois vers le sentiment et le personnel. Il y avait le besoin de se tourner plus vers soi que vers le monde ?

C’est vrai que j’avais abordé jusque-là des thèmes sociaux, que ce soit avec le groupe ou sur le premier album solo. J’employais le « on » et le « nous » très souvent. C’était mon urgence du moment. Et là j’avais envie de faire une immersion dans mes voyages intérieurs, mes observations, mon histoire d’amour, de désamour aussi. Mais effectivement ce que je voulais c’était surtout couper avec le côté engagé politique. Après ça n’enlève en rien mon engagement dans ma manière d’écrire ou de vouloir faire vivre les choses.

Vous parliez de voyages intérieurs mais il y a également eu ceux géographiques, dont votre séjour prolongé en Argentine. Une partie de ce disque a été écrit là-bas ?

Oui mais j’avais commencé un peu avant. J’avais eu une grosse panne d’écriture, je ne faisais que des bouts de trucs sans avoir où ça allait. Ça correspondait également à un moment de ma vie où j’étais un peu perdu, sentimentalement, dans mes choix, ma peur, mes questionnements. Bref je n’étais pas super serein. À ce moment me sont venues l’envie et l’urgence d’aller voir ailleurs, de ne plus tourner en rond dans mes habitudes. Je suis parti en Argentine et dès que je suis arrivé là-bas les brouillons se sont soudainement transformés en chansons et ce avant même d’attaquer un nouveau titre. Par exemple sur la chanson Toi, au lieu de parler de ce personnage rencontré en concert à Toulouse et qui m’intriguais par sa poésie et ses fêlures, j’avais commencé en écrivant Je alors que je voulais que l’on sente que ce n’était pas moi. Et c’est pendant mon voyage que j’ai compris mon erreur, c’était bel et bien Tu que je devais chanter et pas à la première personne. Toutes les difficultés que je rencontrai pour écrire ce titre se sont clarifiées d’un coup. D’ailleurs tout s’est lancé : j’avais trouvé mon axe, tout s’était débloqué. Après sont arrivés des chansons comme Buenos Aires, Jeux de la Vie et L’Amour qui s’invente. Cette dernière ne figure pas sur l’album mais j’en ai gardé le titre.

La demande est une déclaration d’amour que l’on sent très personnelle. Mais encore une fois vous n’utilisez pas les poncifs du genre, le tempo est plutôt rythmé et les images parfois nichées dans nos défauts. Les codes sont cassés, rien n’est lisse…

C’était un moment où je me disais qu’il était temps de demander ma copine en mariage. J’avais encore envie d’écrire, je trouvais que l’album manquait encore d’une chanson. Quand ce titre m’est venu je me suis dit que c’était peut-être quand même un peu gros, mais comme la limite est souvent assez mince entre ce que j’écris et ce que je suis, j’ai décidé de répondre à mon urgence personnelle. Je n’avais pas envie de le réfléchir trop. C’est sorti comme ça, d’un jet, très rapidement. Et le fait de ne pas être dans la mièvrerie, c’est vrai ! Ce n’est pas parce que je suis dans une chanson romantique – une demande en mariage – que je considère que la vie est belle, facile, et que l’amour est éternel.

Ce qui vous intéresse toujours, même dans le côté romantique, ce sont les petits côtés cassés de chacun d’entre nous, ce sont les faiblesses et les fêlures qu’on a tous ?

Oui. On ne fait pas d’art avec des bons sentiments. Pas uniquement en tous les cas. Ce qui me touche dans la vie, dans les rencontres, les amis, ma copine, c’est quand les gens se livrent un peu, se mettent à nu. C’est ce qui met du relief.

Propos recueillis par Marjorie Risacher

Découvrir :

Mokaiesh – La Demande

Crédit Photo : © Dominique Gau

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