Lartiste retourne au collège

Il y a quelques jours, Spotify organisait une rencontre entre le rappeur Lartiste et des collégiens de son ancien lycée à Bondy. Au programme : atelier d’écriture, composition d’un morceau, enregistrement et création artistique. De quoi devenir l’artiste numéro 1 de demain…

 

Comment se sent-on lorsque l’on retourne dans son ancien collège ?

Je ne sais pas pourquoi, j’ai cette intimidation vis à vis de l’école. Celle que je ressentais quand j’y étais. Mais c’est normal, j’y ai énormément de souvenirs.   Tout remonte, même la peur du directeur et de la CPE ! (Rires). Et pourtant, c’est fini, il y a prescription, je suis libéré. Et puis, voir ces jeunes, c’est comme si je me voyais d’une certaine manière. J’ai l’impression que je suis venu chercher un miroir, un repère dans cette opération.  J’ai envie de leur dire plein de choses.

 

Qu’est-ce que tu as envie de leur dire ?

Que j’étais à leur place. J’ai envie qu’ils comprennent qu’ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent dans le monde. La chose qu’on peut donner aujourd’hui à un gamin, c’est l’espoir. Et le goût de la liberté. Moi j’ai pris ma liberté, j’ai eu du mal, j’ai souffert en chemin mais je l’ai fait. C’est possible. Parfois, la vie résigne. Je déteste cette idée.

 

C’est important aussi de montrer qu’être artiste ce n’est pas que poster des photos Instagram, des vidéos sur YouTube. Il y a un réel travail derrière…

Exactement. C’est très important, beaucoup de jeunes artistes arrivent dans ce métier et n’ont pas cette formation que je donne aujourd’hui. Personne n’est préparé au succès, on pense que c’est facile. Mais non. Derrière, il y a plein de corps de métier, plein de gens autour, des demandes, des responsabilités, des rendez-vous, des choses à fournir. Ça demande énormément de temps, de sacrifices. Je veux vraiment leur inculquer le sens du travail car même dans un milieu « ludique » et créatif, il y a du sérieux à avoir et du boulot.

 

Si on remonte le temps, à 14 ans, tu étais comment ?

J’étais un jeune très amoureux de la langue française. Je ne buvais pas, je ne fumais pas mais j’étais un peu rebelle à ma manière. Je me cherchais des références, Bob Marley, Che Guevara : je voulais faire la révolution. Je me rappelle que j’avais pris trois jours d’exclusion à cause de mon t-shirt du groupe Assassin avec écrit dessus « L’État assassine ». Je venais avec mes idées. Puis, j’ai fini par être éducateur. J’ai vécu 2005 ici, à Bondy, à répondre à des journalistes de CNN, de Libération, à expliquer toute la violence qu’il y avait dans les rues. Ça brûlait de partout. Aujourd’hui, chacun a un rôle à jouer, une responsabilité à assumer.

 

Qui t’a éveillé à la musique ?

Ma mère qui chantait dans la cuisine. Elle avait tout le temps ce besoin de m’expliquer d’où venaient les morceaux qu’elle fredonnait. C’était souvent de la musique berbère. C’est une culture ultra riche et inconnue dans le reste du monde. Elle essayait de me parler de ces chanteurs, de leur vie. C’est la « mama », qui m’a donné cette ouverture d’esprit. Elle m’a transmis ce goût du storytelling sans le savoir…

 

Comment en es-tu venu à faire de la musique, à passer le cap ?

Je me suis mis dedans, quand j’ai vu toutes les capacités que pouvait m’apporter un pays comme la France. Je suis né au Maroc. Et c’est quand j’ai vu qu’il y avait des ateliers, qu’on pouvait allumer des ordinateurs, et qu’il y a des mecs qui pouvaient pianoter sur des trucs et me faire une instru, je me suis dit que j’allais en profiter. Puis j’ai développé tout, à ma sauce. Je suis allé chercher un peu plus loin que le niveau que l’on me proposait. La passion te donne soif d’apprendre. Je traînais dans les studios, j’étais un vrai petit rat. Du coup je me suis fait plein de potes, des rappeurs de l’ancienne génération, le 113, Larsen. J’étais ce petit mec qui fouinait partout, et j’apprenais. Et quand les anciens m’ont vu monter, ils ont pensé : « ah, c’est un petit malin lui ! ». Je vais leur dire ça aux jeunes : traînez là où se trouve votre passion.

 

Amandine Scherer

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