La parenthèse enchantée des Rolling Stones

Alors que les Rolling Stones ont repris le chemin des stades pour une nouvelle (dernière ?) tournée, Riffx vous propose un éclairage de leur album Their Satanic Majesties Request, trop méconnue et mésestimée parenthèse psychédélique ouverte et immédiatement refermée en 1967.

Les Rolling Stones ont bâti toute leur carrière sur leur amour et leur parfaite connaissance du blues et du rhythm’n’blues. Leurs premiers succès sont des reprises et leur répertoire est resté jusqu’à aujourd’hui fidèle à leur passion du blues américain, ne cédant que très rarement à la mode. Ce fût le cas en 1978, avec Miss You sur l’album Some Girls et son clin d’œil au disco qui régnait alors sur la bande FM, et une fois auparavant : en 1967, le groupe enregistre et publie Their Satanic Majesties Request, un album en accord parfait avec la pop psychédélique dont les Beatles se sont alors fait les champions (notamment avec leurs albums Sgt Pepper’s et Magical Mystery Tour. Instruments et arrangements bizarres, mellotron et percussions, bric-à-brac enfumé et expérimentations en tout genre… on a du mal à y reconnaître le groupe de Satisfaction. Pourtant, ce disque mérite mieux que le dédain avec lequel il est souvent traité, y compris par le groupe lui-même.

Un album entre amis

C’est un album en tout point exceptionnel. D’abord par la façon dont il a été enregistré : les sessions se sont étalées sur une longue période (plus de six mois, de février à octobre 1967) mais de façon très sporadique. Les Rolling Stones s’y présentent rarement tous ensemble en même temps. En revanche, chacun vient avec de nombreux amis et l’enregistrement prend un tour collectif inédit : sur Sing This All Together, par exemple, on peut entendre Paul McCartney et John Lennnon chanter dans les chœurs. Le 1er juin de cette année-là, les Beatles ont publié leur chef d’œuvre Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, d’évidence une inspiration pour des Rolling Stones en roue libre et sous influence de la drogue. On peut aussi noter que c’est un certain John Paul Jones qui signe les arrangements de cordes de la sublime She’s a Rainbow. Quelques mois plus tard, ce bassiste va former un groupe qui fera parler de lui : Led Zeppelin !

Totalement stone

Autres originalités de ce disque : il contient l’une des seules chansons des Rolling Stones écrite et chantée par leur bassiste Bill Wyman (l’excellente In Another Land) et c’est le seul album à être réalisé par le groupe lui-même (leur producteur Andrew Oldham ayant jeté l’éponge devant le bazar ambiant). Résultat : un disque certes disparate mais regorgeant de très belles mélodies et d’arrangements fous, avec des morceaux très énergiques (Citadel), des classiques ignorés (l’incroyable 2000 Man) et des moments plus fumeux (Gumper et ses sonorités indiennes). Publié en décembre 1967, l’album connaît un succès éphémère et des critiques mitigées. À peine quatre mois plus tard, les Stones retournent en studio et y enregistrent l’un de leurs chefs-d’œuvre incontestés : Beggars Banquet.

Vincent Théval

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