Interpol : « El Pintor » ou le disque de la résurrection ?

Alors que le monde du rock indé annonçait déjà les funérailles d’Interpol après le décevant album éponyme sorti en 2010 et le départ soudain du bassiste Carlos Dengler la même année, le groupe new-yorkais s’offre un retour en force.

Ne cherchez pas de relents hispaniques ou nouveau virage hypothétique du groupe. Le titre (signifiant Le Peintre en espagnol) est, ni plus ni moins, l’anagramme d’Interpol. Parce que les choses bousculées, remodelées et remises en ordre sont un peu la symbolique de ces dernières années pour eux. Alors, bien sûr, il y eut cet extraordinaire premier album Turn On The Bright Lights (2002) qui restera à jamais une des plus grandes hauteurs du post new-wave de tous les temps. Les deux disques suivants (Antics et Our Love to Admire) n’auront pas eu plus à rougir et les énormes scènes écumées portèrent le sceau du panthéon des rockeurs.

Rupture

Ce n’est que depuis les quatre dernières années que les symptômes d’un malaise se sont fait sentir. Il y a d’abord eu le départ de Carlos Dengler, bassiste originel de la formation, rupture brusquement annoncée au cours de l’enregistrement du quatrième album. Et puis la sortie de ce dernier qui laissa les fans plus que dubitatifs devant la fadeur fournie. Autant d’indices qui présageaient une sombre fin dont on se consolait en écoutant les escapades solos du chanteur Paul Banks (sous le pseudonyme de Julian Plenti dont on ne conseillera que trop l’écoute de son album Julian Plenti Is… Skyscraper (2009)).

Retour aux sources

El Pintor, face au précédent disque, Interpol, mettant le précédent à terre, bousculant la donne, faisant renaissance avant même que le tout ne se réduise en cendres.

Dengler n’a pas été remplacé, c’est Banks lui-même qui se colle à la basse. Désormais trio, donc, les New-Yorkais s’offrent un retour aux sources. Parce qu’il y a dans ces dix titres un réel voyage de dix ans en arrière, inspiré et concis avec, pour signature, les fameux riffs reconnaissables de la guitare de Kessler. Il faut malgré tout plusieurs écoutes pour apprécier les retrouvailles. Parce que l’heureuse surprise passée, l’ensemble sonne au départ comme une autoroute trop connue où un seul paysage défile. Court, monolithique, trop évident, El Pintor peut même provoquer des lassitudes passagères. Mais, une fois le cap passé, on peut amplement boire à la paille plus de la moitié de cette nouvelle production. Et même si la nouveauté n’est pas réellement de mise hormis celle du retour inattendu, il y a une réjouissance indéniable à entendre Paul Banks jouer de sa voix inimitable sur une énergie enfin inspirée.

All The Rage Back Home clame le premier single, également titre ouvrant l’album. Tout est résumé. Interpol a retrouvé le chemin de la maison. Bienvenus chez vous les gars.

Marjorie Risacher

Découvrir :

Interpol – All The Rage Back Home

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