Hellfest 2014, la Porte du Paradis

Canicule, poussière et programmation diabolique : la fête de l’Enfer n’aura jamais aussi bien porté son nom. Retour sur une édition 2014 tout feu tout flamme.

« Tu es poussière et à la poussière tu retourneras ». Le pénitent revenu comme chaque année expier en Terre sainte clissonnaise ses péchés métalleux était prévenu. Et de mémoire de fidèle, on n’avait (presque) jamais vu ça depuis la première édition du festival en 2006. Trois jours de cagnard à faire griller de la chair de headbanger, un week-end au cours duquel la pluie, qu’on en venait à réclamer par de vaines prières, n’aura fait qu’une très timide apparition le dimanche midi avant de laisser place une nouvelle fois à une chaleur assommante. Résultat : une édition 2014 vécue dans la sécheresse et la poussière, transformant l’immense site du festival en un désert peuplé de bédouins aux cheveux et barbes longues, aux costumes variés et aux tee-shirts noirs.

Dans la fournaise vendéenne

Avec 158 groupes répartis sur six scènes et de la musique de 10h30 à 2h du matin pendant les 3 jours du festival, il est évidemment impossible de tout voir ou de tout entendre. Le fidèle métalleux assiste donc, en priorité, aux prêches qui lui parlent le plus. Et c’est dans la fournaise de la « Valley », tente consacrée au stoner, transformée pendant trois jours en étuve, hommage involontaire mais fort à propos au désert de Mojave californien, qu’il nous a été donné de vivre les plus belles oraisons. Dans la droite lignée des saints Black Sabbath et Pentagram, le trio allemand Kadavar a déployé une énergie invraisemblable dans la fournaise vendéenne. Electric Wizard a servi sa plus belle messe noire devant un public littéralement pris aux tripes. Apôtres du doom, les Anglais ont frappé fort en réveillant quelque démon des temps anciens à coups de basses malsaines et de sonorités profondément ancrée dans les entrailles de la Terre… Une expérience viscérale ! Mais la claque du week-end restera la performance ahurissante de Clutch. Devant une Valley pleine à craquer, quelques centaines de fans étant même contraints d’écouter le concert à plusieurs dizaines de mètres de la tente, les Américains ont mis le feu, Neil Fallon arpentant la scène tel un pasteur possédé par des forces supérieures, assénant la bonne parole sur fond de stoner mêlant habilement hard-rock, blues, funk et énergie punk.

Jeunesse endiablée

Parmi les autres belles performances de cette cuvée 2014, on retiendra les prometteurs Blues Pills, Scorpion Child, Lofofora ou encore les Suédois de The Bones. Soundgarden s’est également montré au niveau. Chris Cornell était impeccable et a profité d’un son proprement monstrueux pour faire passer quelques frissons sur l’inusable Black Hole Sun. La prestation de Deep Purple fut en revanche décevante. Ian Gillan et sa bande ont peiné à emballer la foule, la faute à un manque de pêche évident et à un son loin de la puissance que le groupe savait déployer autrefois. Même sentiment à l’écoute d’Extreme qui n’a jamais su faire décoller son set. Unique moment de grâce insolite, la présence d’un festivalier déguisé en lapin, fendant la foule pour s’en aller slamer à bord d’un canoë gonflable aux abords de la scène sur les vagues mouvantes de mains le portant aux nues. Épiphanie cocasse mais ô combien rafraîchissante dans la touffeur ambiante !

C’est dans les vieux pots…

La communion qu’est le Hellfest ne serait totale sans la bénédiction de ses têtes d’affiche. Première liturgie vendredi avec Iron Maiden et son show Maiden England, copie du 7th Tour of A 7th Tour de 1988. Les Anglais n’étaient jamais venus à Clisson, c’est désormais chose faite devant une assemblée immense et acquise à leur cause, qui s’est délectée des titres phares de la période dorée du groupe et qui a profité d’un Bruce Dickinson en grande forme. Fan de foot, le chanteur a tenu la foule informée en temps réel de l’évolution du score entre la France et la Suisse qui s’affrontaient au même moment au Brésil. Samedi, Aerosmith a également tenu son rang, concentrant ses efforts sur les tubes incontournables, dont un Dream On parfait lors du rappel qui a prouvé, s’il était besoin, que Steven Tyler était bien la plus belle voix de cette édition 2014. Point d’orgue du week-end, la prestation de Black Sabbath – peut-être l’une des dernières – restera parmi les plus convaincantes. Toujours aussi cabot, Ozzy Osbourne était dans un bon soir, porté par un son gigantesque faisant honneur à la guitare de Tony Iommi et à la basse dévastatrice et tellurique de Geezer Butler. Grand moment de cette messe diabolique, l’interprétation de Black Sabbath, morceau fondateur du mythe, celui par lequel tout a commencé. La pluie qui tombe, l’orage, une cloche qui sonne dans le lointain, ce riff pesant qui a marqué l’histoire et la voix habitée d’Ozzy. Pendant quelques minutes, Clisson s’est tu et a écouté. Religieusement.

Alexis Hache

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