Christophe. Paradis perdu, paradis retrouvé

Il y a quarante ans Christophe sortait l’album « Les Paradis Perdus », aujourd’hui il nous offre « Paradis Retrouvé ». Et c’est bien un cadeau puisqu’il ne s’agit pas là d’un disque studio classique mais d’une collection de maquettes et d’inédits datant pour la plupart de 1972 à 1982. Treize plages naviguant entre l’étrange et le cœur de la création, certaines faisant prendre conscience du chemin qu’un titre peut parcourir jusqu’à son aboutissement.

En 1970 Francis Dreyfus fonde le label Motors. Ce producteur au nez creux comptera par la suite des noms comme Bernard Lavilliers ou Jean-Michel Jarre, mais sa première signature est Christophe. Le chanteur y passera plus de quinze ans (jusqu’en 1988) et c’est en hommage à ces « années Motors » et pour saluer la mémoire de son fondateur disparu il y a presque trois ans qu’il décide de sortir ce disque particulier.

Souvenirs

« Paradis Retrouvé », c’est une collection de souvenirs et de prémices datant de cette époque. Il y a d’abord des maquettes et premières versions de certaines chansons de sa discographie. Par exemple Take A Night qui deviendra Les tabourets du bar sur l’album « Pas vu, pas pris »de 1980. On y entend une étonnante guitare puissante et incisive qui disparaitra du résultat final que l’on connait. Idem pour I Sing For qui n’est autre que l’embryon de Tant pis si j’en oublie sorti en 1976 sur « Samouraï », doté d’une mélodie simple et magique qu’on ne lui connaissait pas. Une manière de prendre conscience que, des premières notes au résultat, les chemins sont parfois sinueux. Et comprendre que l’artiste déshabille souvent les chansons pour les transformer en une autre. D’autant plus qu’elles ne figurent là que dans leur simple appareil musical, un anglais sommaire en guise de textes, ces derniers ayant été rajoutés plus tard.

Mais tout y est déjà, même méconnaissable, même autrement : le son, l’ambiance, le talent.

Bidouilleries

Dans cet album souvenir figurent également des inédits. Des improvisations entre amis enfermés dans un studio, morceaux nés d’un instant de détente entre deux prises plus officielles. Mais également des bidouilleries plus expérimentales où le chanteur poussait sa curiosité et ses envies à tester tous les nouveaux instruments qu’il s’offrait à l’époque. Le Memory Moog, le synthé Fairlight ou le piano Yamaha GS-1 sont ainsi mis à l’honneur dans des titres faisant office de laboratoire. Et puis il y a ce morceau hommage à un ami journaliste disparu, un superbe folk-rock sombre jamais sorti, une pépite de fond de vieux tiroir mêlant des accents électro aux violons et harmonicas classiques.

Dans l’intimité de Christophe

L’ensemble est complexe, parfois difficile pour les oreilles des non avertis. Mais « Paradis retrouvé » prouve, bien au-delà de la valeur du voyage dans le temps, que Christophe savait déjà avoir trois trains d’avance et au moins deux décennies en casquette de visionnaire. L’un des plus grands artistes français tend ses bandes de studio et vieilles cassettes avec nonchalance, comme ça, comme un « tiens, c’est des petits trucs que j’ai retrouvés ». Et au lieu d’un fatras de papiers froissés, on découvre combien, il y a quarante ans déjà, il osait, découvrait, s’amusait, essayait.

Une intimité étrange, parfois déroutante.

Un disque qui devient une histoire presque personnelle entre lui et l’auditeur qui saura se l’approprier. Un album que l’on ne diffuse pas pendant un repas familial mais que l’on garde pour soi et que l’on décortique en s’interrogeant, en imaginant, en projetant.

Marjorie Risacher

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