Birdpen, ombre est lumière

Entre Radiohead et Archive, musique progressive et sonorités pop, Birdpen sort un troisième album tout à la fois sombre et lumineux. Rencontre avec Dave Pen et Mike Bird pour discuter crowdfunding, vinyles et Coldplay.

Avant de se retrouver dans les bacs, le 18 mai, « In The Company Of Imaginary Friends » était déjà sorti une première fois via le site Pledge Music l’année dernière. Pourquoi être passé par cette plateforme participative ?
Dave : On a fait ce disque nous-mêmes. C’est un projet très DIY (Do it yourself, ndr) ! On n’avait pas de label et on avait déjà vu des groupes passer par Pledge. Je l’avais d’ailleurs fait il y a quelques années avec Archive (Dave est également le chanteur du groupe Archive, ndr). Avec Birdpen, on a une base de fans très forte. Petite, mais très forte. Au final, ça a vraiment bien fonctionné. Et si on peut aujourd’hui le ressortir pour un plus large public, c’est avant tout grâce aux fans.
Mike : Ça nous permet aussi d’aller plus loin et, pour les fans c’est une démarche particulière : ils font plus qu’acheter un disque. Leurs noms ont été inscrits sur la pochette du disque par exemple.
Dave : Et aujourd’hui encore, alors que l’album ressort, on a décidé de laisser les noms à l’intérieur de la pochette car ils le méritent, c’est une façon de les remercier.

Pour ce troisième album, vous avez aussi fait le choix de vous passer de producteur.
Mike : Oui. Ça nous a permis d’avoir moins de pression… Nous avions coproduit le deuxième album avec Jim Spencer dans un beau studio vintage avec du très bon matériel… et c’est un disque qui nous a coûté cher. Cette fois on a voulu faire un truc plus rapide, plus facile à gérer. Et on est vraiment content du résultat !

Vous vous êtes sentis plus libres sans producteur ?
Mike : Non, ce n’est pas réellement une histoire d’être plus ou moins libre, de faire ce qu’on veut. On ne s’est jamais sentis contraint de faire les choses avec Jim.
Dave : Travailler avec Jim, c’était génial. On a beaucoup appris de lui. Mais cette fois, c’était surtout une question d’argent ! On n’avait tout simplement plus d’argent. Donc autant faire quelque chose de bien, rapidement, à notre sauce. On a utilisé l’équipement qu’on avait déjà sous la main, emprunté quelques micros, la batterie d’un ami. Et je pense que ça nous a permis de travailler sereinement, à notre rythme.

Aujourd’hui, les gens n’achètent plus de musique. Était-ce important pour vous de proposer vos albums signés et du merchandising à ceux qui ont participé au crowdfunding ?
Dave : Oui, et je pense que nous ne sommes pas les seuls à suivre cette démarche. Beaucoup de musiciens tiennent à garder le contact avec leurs fans. Et on voit bien que les amateurs sont de plus en plus nombreux, ce n’est pas qu’un truc de hipsters ! Ils participent au Disquaire Day, les vinyles font un gros comeback. Aujourd’hui il y a même un chart pour les ventes d’albums vinyles ! Tout ça, c’est quelque chose que l’on doit garder précieusement. L’industrie musicale ne devrait être qu’une question de créativité et de liberté d’expression. Il faut que la jeune génération, celle qui n’a jamais été habituée à payer pour écouter de la musique, réapprenne à tenir un disque entre ses mains. Ça commence avec un grand frère qui fait écouter ses vinyles à son petit frère, et ainsi de suite… Espérons simplement que One Direction ne sera pas n°1 des ventes de vinyles ! Sans vouloir les offenser…
Mike : Pledge Music encourage tout ça. Ce n’est pas seulement une histoire de pouvoir télécharger légalement et avant tout le monde un album, c’est aussi la possibilité d’éditer des CD et des vinyles.
Dave : D’ailleurs, grâce à Pledge, nos vinyles ont été fabriqués sur une presse originale du studio Abbey Road. Rien que ça… c’est magique ! Et c’est un truc dont on peut parler ensuite avec les fans, ça encourage encore plus l’interaction physique avec eux. Donc tout ce qui va dans ce sens est intéressant.

Quand on écoute l’album, on a sans cesse l’impression d’un monde où l’ombre et la lumière s’opposent l’un à l’autre.
Dave : Tout à fait. Ce disque parle de cette impression qu’on a parfois de perdre la tête, et qui peut arriver très vite. Alors on cherche de l’aide et on la trouve soit à l’intérieur de soi, soit auprès d’amis ou dans d’autres choses qui vont parfois faire plus de mal que de bien. Ces « amis imaginaires » peuvent être des substances ou d’autres choses qui deviennent ensuite une part importante de soi. J’ai repensé à des moments de mon enfance pour m’en inspirer. Je ne sais pas écrire autrement. La musique est une catharsis pour moi. Mais si certaines périodes de la vie peuvent être sombres, il y a toujours de la lumière, de l’espoir au bout. C’est ce que raconte ce disque.

On peut entendre beaucoup d’influences sur cet album, de Radiohead à Coldplay, en passant par Archive et d’autres groupes post-rock. Avec toujours ce goût des ambiances à la fois pop et planantes…
Dave : Pour ce qui est de la musique répétitive, j’écoute beaucoup de groupes comme Fuck Buttons ou Blanck Mass, avec ses morceaux qui montent crescendo. J’adore ce genre de musique. Je crois qu’il n’y a pas un seul morceau de huit minutes qui m’ennuie. J’aime quand un titre prend son temps. Mais c’est vrai qu’on a toujours eu ce côté pop également. On a même laissé de côté certains morceaux, car ils sonnaient trop pop ! Tu cites Coldplay, et c’est sûr qu’ils ont été une influence pour nous. S’ils ont vraiment fait des trucs mauvais ces derniers temps, sur leur deux premiers albums ou sur « Viva La Vida », il y a de très belles choses. Comme lorsqu’ils ont travaillé avec Jon Hopkins, qui est un mec extrêmement talentueux. Ils ne sont pas bêtes, mais ils ont un tel public à satisfaire qu’ils doivent avoir une pression énorme sur les épaules…
Mike : Pour nous, c’est l’inverse et c’est une chance quelque part, de ne pas avoir d’attentes autour de nous sur ce que nous devrions faire ou pas. C’est une pression en moins de ne pas devoir plaire à un public en particulier. Car à chaque fois qu’on a voulu écrire des choses plus commerciales, on s’est arrêté car cela ne nous ressemblait pas.

Propos recueillis par Alexis Hache

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BirdPen – Lifeline

Crédit Photo : © Rahi Rezvani

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