Bat For Lashes : The Haunted Man

C’est peut-être sur ce troisième album de l’homme hanté que Bat For Lashes l’est le moins. Et c’est assurément derrière cette pochette en noir et blanc (alors que les précédentes avançaient hautes en couleur) que la chanteuse résonne en moins sombre. Drôles de paradoxes qui déchainent la toile depuis sa sortie sous forme de batailles ouvertes entre les déçus et les convaincus.

Natasha Kahn assume. Tout d’abord sa nudité sur la photo signée Ryan McGinley, expliquant ici et là qu’elle tenait à rendre hommage aux femmes frontales comme, par exemple, Patti Smith, qu’elle désirait se montrer sans artifice, colifichets ou maquillage pour son album le plus autobiographique. Elle assume ensuite son contenu, plus pop et abordable. Le mystère et le côté très atmosphérique qui ont fait son succès se troquent ici contre une lumière, tamisée certes, mais lumière tout de même. Une certaine féérie et une ambiance mystique plane toujours mais, cette fois, elle semble plus réfléchie, intellectualisée et moins instinctive. La production léchée, précise, irréprochable, accentue également ce sentiment.

Reste tout de même cette habitude de donner des titres sous forme de prénoms, comme Laura, ballade piano-voix bouleversante qui est certainement le summum du disque, la rapprochant cependant plus d’une Tori Amos dans ses meilleurs moments que d’une Kate Bush avec laquelle elle a souvent été comparée.

Et finalement Natasha Kahn a raison. C’est dans la nudité qu’elle resplendit, dans cette voix qui embellit avec les années. Et on ne grandit jamais sans changements. C’est en visitant tous les recoins de soi que l’on peut donner le meilleur plus tard. Alors on attend plus tard.

Marjorie Risacher

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