Alba Lua

Malgré son nom, Alba Lua ne puise pas ses racines dans la péninsule ibérique (Alba, l’aube en espagnol, Lua, la lune en portugais) mais plutôt dans les années 1950 et 1960, dans les années 2000, dans les bords de mer et les grands paysages sonores. Une musique narrative, une voix androgyne et des arrangements pop à tendances folk taillés au cordeau, voilà les ingrédients de base de leur premier album « Inner Seasons ».

Rencontre avec Clément et Pascal (alias Clem et Armand) les deux Bordelais, fondateurs du désormais quatuor. Peu férus de l’exercice de promotion ils ont pourtant le discours franc et sans détours.

Vous avez décidé de faire de la musique ensemble très vite après votre rencontre. Vous vous êtes cherchés musicalement ou cela ressemblait tout de suite à du Alba Lua ?

Clément : Oui tout de suite. Mais c’était plus Lo-Fi. D’ailleurs on aimerait retrouver ce côté-là plus tard. Le disque est bien plus produit que ce qu’on avait en tête. Au début c’était vraiment pour s’amuser, créer.

Pascal : On faisait les choses avec l’ordi posé sur le lit dans sa chambre, on faisait des percussions avec des tiroirs, on s’amusait beaucoup. Aujourd’hui on a un label et on rentre forcément dans un système plus formaté. Et encore, le nôtre ne nous a pas mis la pression, on a eu de la chance ! Mais on aimerait quand même revenir à des choses plus spontanées, tout en bénéficiant des moyens que l’on a maintenant.

Cet album a eu une histoire compliquée. Il a été écrit il y a cinq ans et ne sort pourtant que maintenant. Le chemin a donc été difficile ?

P : Oui, pour des raisons obscures l’album a été perdu après un premier enregistrement. Il a donc fallu le refaire, ensuite il y a eu d’autres soucis. Bref, tout a traîné avant d’arriver à ce premier disque puis enfin à notre label. Il y a un décalage certain entre le moment où on a écrit et aujourd’hui.

C : On a tenu à sortir ces chansons malgré tout, parce qu’un disque c’est un lien affectif, il est le testament d’un temps. Cela me semblait normal de ne pas laisser tomber cette première étape.

P : Et on ne l’a pas fait complètement à l’identique la seconde fois. Bien sûr, on a gardé des arrangements de la première version, mais comme on avait du matériel différent on a créé d’autres choses. Mais quand même, à l’époque ça nous avait vraiment pesé de refaire tout depuis le début.

C’est à la fois un album qui sonne vintage et très actuel…

P : Ah ça nous fait vraiment plaisir ! Parce qu’on n’a pas envie d’être passéiste ou catalogué revival. Je voudrais bien que l’on apporte aussi quelque chose de frais.

C : C’est comme ça que l’on catalogue tout le monde à partir du moment où il y a une guitare avec un son un peu vintage, avec de la réverb. C’est ridicule.

P : Pour tout avouer, je suis un peu frustré par le son de la guitare d’ailleurs. C’est en gros ce que je voulais bien sûr, un son clair avec beaucoup de réverb, Mais il y a quelque chose de très décoratif et très joli qui me dérange. Il était peut-être plus sale à nos débuts. Je le trouve trop propre. En live ça déborde, c’est un peu crade, plus libre.

La musique très narrative est un parti pris dès le départ ?

P : C’était même un peu la base. Clément arrivait avec les chansons écrites, il jouait et moi je décorais en faisant des contrechants et des mélodies avec le reste. J’essaie d’enrichir, d’habiller. Depuis le départ c’est comme ça que l’on fonctionne, il y a un songwriter et un habilleur.

C’est vous, Clément, qui écrivez les textes. Vous ne consultez jamais les autres à leur propos ?

C : Ils ne savent même pas ce que je chante et ça me plaît. Cela arrange une certaine timidité, c’est mon monde à moi. Ils ne sont pas forcément brillants ou très inventifs, ils sont juste faits pour l’oreille. Quand je fais des textes qui ne sont pas destinés à être des chansons, j’écris en français et je place vraiment une grande intention. Mais pour la musique j’utilise plus le principe du cut-up. Et parfois c’est a posteriori que j’en saisis le sens, quand je les chante en concert, je comprends certaines choses qui devaient être logées dans l’inconscient.

P : Je ne sais pas bien ce qu’il chante, c’est vrai ! Mais j’ai l’impression qu’il y a toujours un côté récurrent dans la notion de liberté, de détachement. Il y a un besoin de s’échapper et ça lui ressemble. C’est le peu que j’emmagasine. Il n’a même pas voulu mettre les paroles dans le livret.

L’accueil de ce premier album est plutôt très chaleureux et la presse plutôt enthousiaste. Cela vous rassure ?

C : En toute honnêteté je trouve ça surtout utile pour nous donner du crédit auprès du label et des autres pros. Parce que franchement le public ne nous connait pas, c’est surtout la presse qui parle à l’heure qu’il est.

P : Parfois, quand tu lis des articles tu as l’impression qu’on est des stars. Il y a un fossé entre ce que la presse veut faire croire et ce qui est. C’est tout juste si on ne lit pas : « Ils reviennent d’une tournée triomphale aux États-Unis » alors qu’on est juste allé faire une date sur un festival où il y a mille groupes invités. La réalité de la musique est bien plus terre à terre. Parce que pour remettre les choses un peu à leur place, je suis au RSA et Clem va le demander bientôt.

C : Puis la promo est une bête curieuse, très parisienne aussi. Hier par exemple on faisait une interview filmée et on nous case dans une boutique de fringues. Je ne me sens pas du tout proche de ça, ce n’est pas du tout ma vie. Mais on débute, on joue le jeu, même si on n’est pas très à l’aise avec tout ça.

P : Et c’est très curieux pour nous de devoir répondre à des questions type « pourquoi vous faites cette musique ? » La musique c’est censé être très instinctif, tu joues, c’est bien, ça sonne donc tu continues.

Propos recueillis par Marjorie Risacher

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